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| 09-02-2009 | | Une page de l’histoire s’est refermée sur l’Ile-mémoire avec la disparition de l’éminent conservateur de la Maison des esclaves. Impuissant devant le décret Divin, les habitants de Gorée ont massivement accompagné Boubacar Joseph Ndiaye, samedi dernier, pour un voyage sans retour. Par Birame FAYE
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«C’est le dernier parent qui nous restait», crie une petite fille de Boubacar Joseph Ndiaye dans la cour de la morgue de l’Hôpital Principal. Regroupés sous une tente, les enfants de Papa Jo, comme ils l’appellent affectueusement, n’ont pas pu retenir leurs larmes durant toute la cérémonie de levée du corps, samedi dernier. Visages très affectés, la horde de personnes, parentes de l’ex-conservateur de la Maison des esclaves de Gorée, a découvert, en ce jour triste, certains intellectuels de grand acabit. Historiens, cinéastes, politiciens, d’éminents artistes ont bravé le vent frais de la matinée pour rendre un dernier hommage au désormais ex-fantassin de l’histoire de la Traite négrière qui a consacré toute sa vie à garder et narrer cette longue et sombre page du passé africain. Malgré les orientations des bérets rouges, l’espace s’est avéré exigu pour contenir ce monde. Vêtus de grands boubous, écharpes pour les hommes et foulards pour les femmes, les populations de Gorée ont été massivement présentes à cette cérémonie dans une atmosphère silencieuse pour exprimer toute leur tristesse face au rappel à Dieu du dernier rempart de l’histoire. Il était rare de rencontrer quelqu’un de son âge (87ans). El Hadji Guèye, d’une petite voix, salue son voisin insulaire M. Thiam. Séance tenante, ce dernier l’interroge : «Où est ton père ?» ; «Il est si vieux que je n’ai pas osé le conduire ici par chaloupe», réplique M. Guèye qui renseigne par la suite que Joseph et son père ont le même âge. Ils étaient des camarades de promotion à l’école primaire. 10h. Un contingent de talibés Layenne débarque devant le portail noir. Fidèles à leurs tenues immaculées, ils se mettent en groupe mené par Serigne Cheikh Mbacké Thiaw Laye, fils du Khalife. Le verbe haut, ils scandent le nom du Seigneur dans une tonalité émouvante et sans répit devant la dépouille mortelle du dernier mohican de la cause Noire. Ils sont venus accompagner un des leurs dans son voyage pour l’éternité. En effet, Babacar était un apôtre de Seydina Issa Laye. «Le pacte sacré qu’il avait signé avec le Mahdi était d’être assisté et enterré à Cambéréne», rappelle le dignitaire Layenne. Il est 11h quand le maire de la ville de Gorée, accueille le président de la République Me Abdoulaye Wade et son Premier ministre Hadjibou Soumaré. Certaines personnes qui s’adossent contre le portail sont priées de céder le passage pour permettre d’exposer le corps de l’ancien conservateur de la Maison des esclaves. S’adressant à l’assistance au nom de la famille, l’édile de l’Ile-mémoire est déjà nostalgique des prêches du défunt sage qui, dès les premières heures de son élection à la municipalité, a usé de son jargon militaire pour l’édifier du lourd défi politique à relever. «Maintenez le cap et ne perdez pas le nord», avait-il conseillé à la nouvelle équipe municipale insulaire. Le regard fixé sur la civière, Wade déroule son discours en wolof, puis en français, regrettant le départ de celui qu’il qualifie de «dépositaire de la mémoire de trois siècles odieux de l’esclavage». Ce baobab qui n’a pas pu résister à l’ultime assaut de la faucheuse, repose désormais au cimetière de Cambérène. Ses feuilles régénérées certainement par d’autres voix vibrantes, persuadées malgré tout que seul le silence est grand et que tout le reste est faiblesse. Stagiaire
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