Ainsi va l'Afrique de l'Ouest - toujours dominée par l'exemplarité politique du Sénégal.
Ce n'était pas donné, et ce scrutin présidentiel s'annonçait mal. A 86 ans, le président sortant, Abdoulaye Wade, au pouvoir depuis 2000, sollicitait un troisième mandat dans des conditions contestées. M. Wade a dû imposer une interprétation quelque peu forcée de la Constitution pour imposer sa candidature. Cela donna lieu à polémique et à des violences préélectorales qui ont fait en un mois une dizaine de morts.
Mais les Sénégalais ont sonné dimanche l'heure de la retraite pour M. Wade. Ils l'ont fait en accordant massivement leurs suffrages à l'homme qui a su rassembler l'opposition : Macky Sall, 50 ans, ex-premier ministre du président sortant. C'est une bonne chose, tant l'obstination de M. Wade semblait contraire à un besoin d'alternance politique de plus en plus pressant au Sénégal.
Le vieil homme a retrouvé pour l'occasion, dans la soirée de dimanche, ses réflexes de démocrate. Lui qui incarna si longtemps l'opposition a été le premier à reconnaître sa défaite. Il l'a fait avec une élégance de grand seigneur qui devrait permettre une transition politique paisible.
Les résultats officiels ne sont pas encore définitifs, mais M. Sall semble l'emporter de manière écrasante. Il a été plébiscité. En politique réaliste, sage et prudent qu'il est, il a pris la mesure de ce que signifiait cette victoire : elle exprime, a-t-il dit, "l'immensité des attentes de la population".
Car M. Wade laisse ce pays pauvre dans un état médiocre : beaucoup de corruption, un secteur public accumulant les déficits, un chômage des jeunes désespérant. La croissance, ces dernières années, a été faible ; sur quelque 13 millions de Sénégalais, un sur deux est sous le seuil de pauvreté.
Source : Le monde