Ces sanctions entrent en vigueur alors que, dans le nord du pays, séparatistes touaregs et islamistes qui se sont emparés ce week-end de Kidal, Gao et Tombouctou, les trois principales villes de la région, tenteraient d'y imposer la loi islamique.
A la demande de la France, la situation sera examinée mercredi au Conseil de sécurité des Nations unies.
Paris en a pris l'initiative pour "soutenir les efforts de la Cédéao dans la recherche d'une solution (...), souligner la nécessité que l'ordre constitutionnel soit effectivement et immédiatement rétabli et condamner les actes terroristes perpétrés par Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique)", dit le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.
Les Etats membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest sont convenus lundi de fermer leurs frontières avec le Mali et geler ses fonds à la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) pour contraindre les auteurs du putsch du 22 mars à rétablir l'ordre constitutionnel.
Ils envisagent en outre d'"activer" la force militaire de l'organisation. On ignore quand et avec quel mandat des troupes ouest-africaines pourraient intervenir.
Leurs chefs d'état-major doivent se réunir jeudi pour donner leur feu vert à la levée d'une force de 3.000 hommes, mais ces effectifs ne seront pas facile à trouver.
La Côte d'Ivoire d'où provient l'essentiel du carburant consommé au Mali, a été l'un des premiers pays voisins à fermer ses frontières mardi.
"Notre chef nous a dit de ne rien laisser entrer ou sortir sans ordre d'en haut (...) On a commencé à patrouiller pour faire cesser tous les mouvements de biens", a déclaré un garde-frontière joint par téléphone à Pogo.
D'autres se sont montrés moins rapides. Au Burkina Faso, les autorités assurent prendre les mesures préalables à la fermeture de la frontière, tandis qu'en Mauritanie et au Sénégal, on dit attendre les ordres.
INTÉGRITÉ TERRITORIALE
Des files d'attente se sont formées devant les stations-service et les banques de Bamako. "Je suis là pour retirer l'argent de ma bourse d'études. A cause des sanctions, tout le monde se précipite pour retirer de l'argent parce que c'est sûr qu'il n'y en aura pas assez", a expliqué un étudiant de 25 ans.
Les putschistes du comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDRE), emmenés par le capitaine Amadou Sanogo, ont pris acte de ces sanctions et se sont à nouveau engagés à remettre le pouvoir aux civils, sans toutefois avancer de date.
"Le CNRDRE tient à réaffirmer que la priorité numéro un, pour le moment, est l'intégrité territoriale du Mali", ajoutent-ils dans un communiqué lu lundi soir à la télévision nationale.
Les militaires disent s'être emparés du pouvoir pour mettre fin à l'incurie face à la rébellion touarègue du Nord, mais les séparatistes du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) ont profité de la confusion pour engranger de nouveaux succès militaires.
A Tombouctou, des habitants rapportent que les islamistes de l'organisation Ansar Dine, qui se sont associés aux rebelles du MNLA, ont annoncé leur intention d'instaurer la charia.
A Gao, des extrémistes ont mis à sac des bars et des hôtels servant de l'alcool, selon des témoins. A Kidal, un habitant a déclaré que la musique avait été interdite sur les ondes et que les vêtements à l'occidentale avaient été bannis.
Vivres, carburant et médicaments commencent à manquer à Gao. La région souffre déjà de pénuries en raison du déficit pluviométrique de l'an dernier et des combats qui ont repris à la mi-janvier.
D'après un habitant, la ville est sous la coupe d'Ansar Dine et du MNLA. Des rebelles pillent les entrepôts d'organisations humanitaires, dont ceux du Programme alimentaire mondial (Pam) et d'Oxfam. "Ils détruisent tout, ils ont même attaqué l'hôpital où se trouvaient des malades", a dit cet habitant. "Les religieux d'Ansar Dine ont attaqué les hôtels et les boîtes de nuit en clamant que ces lieux étaient contraires à la religion".
Selon l'organisation caritative Oxfam, plus de 200.000 Maliens ont fui leurs zones d'habitation depuis janvier. Pour la moitié, ils sont partis vers les pays voisins, et l'exode des réfugiés pourrait s'aggraver.
Source : reuters